
|
Saint Révérien, les sites Clunisiens
et l’ordre de Cluny, mais qu’est-ce que c’est ? L’Abbaye de Cluny en Bourgogne
(Saône et Loire) fut un haut lieu de vitalité spirituelle, économique,
sociale et politique au Moyen Âge, fondée vers 910. L’abbaye aura à cœur d’appliquer
avec ferveur la règle de Saint-Benoît. Dès le 10ème siècle,
l’ordre de Cluny va se développer en France et même à l’étranger pour devenir
quelques siècles plus tard un véritable centre monastique en Europe qui va
engendrer la construction de nombreux monuments que l’on appelle aujourd’hui
Sites clunisiens.
Restitution virtuelle de l'église abbatiale de l'ancienne abbaye
de Cluny, dite "Cluny III" de la Maior Ecclésia, fruit d'un
partenariat du Centre des monuments nationaux, de l'École nationale
supérieure des Arts et Métiers et de la société ON-SITU, capture faite sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=xiyTuiI5jMQ&t=16s Qu’est-ce qu’un site Clunisien ? L’Abbaye de Cluny s’impose alors
avec le soutien de la Papauté et de la noblesse du Saint Empire Romain
Germanique en regroupant sous sa direction un nombre croissant d’Abbayes et
de Prieurés devenant ainsi le plus important centre monastique du Moyen Age,
rayonnant sur la France et l’Europe de l’Est. Aujourd’hui, vous pouvez
parcourir ces Sites Clunisiens en France et en Europe grâce à une carte des
Sites Clunisiens identifiés grâce à ce symbole :
Abbaye de Cluny telle qu’elle était au 12ème siècle. Au début du 10ème
siècle, l’Église Catholique réforme les ordres monastiques, cette
restauration s’appuie sur la règle de Saint-Benoît avec un règlement qui
régit dans ses moindres détails la vie monastique. Au 12ème siècle,
l’Ordre de Cluny compte près de 2000 prieurés dont quelques-uns sont les plus
grands établissements ecclésiastiques de l’époque : la Charité sur Loire,
Souvigny, Saint-Martin des Champs… À son tour accusé d’un trop
grand pouvoir et d’enrichissement excessif, l’Ordre de Cluny perd de son
pouvoir et de son influence spirituelle lors de l’éclosion au début du 12ème
siècle d’ordres tournés vers la pauvreté et l’austérité comme Cîteaux,
Prémontré et La Chartreuse. L’abandon des vœux religieux par
l’Assemblée Constituante en 1790 entraîne la disparition des moines et la
disparition de l’Ordre, disparition marquée par la vente de l’Abbatiale de
Cluny (devenue bien national) et sa destruction partielle afin de récupérer
les pierres. Pourquoi Saint-Révérien à Cluny ? L’église de Saint-Révérien a été
donnée par l’Empereur Charles le Gros à Saint-Cyr de Nevers en 886, l’évêque
l’offrant à son tour en 1076 à l’Abbaye de Cluny. La Cellam
Sancti Reveriani intègre le temporel de l'abbaye de
Cluny. L’église actuelle fut donc la
priorale d’un établissement Clunisien sans doute assez important puisque la
communauté a pu compter entre 12 et 15 moines au 12ème siècle. Les chapiteaux du chœur et de
l’hémicycle font penser à ceux de Cluny, placés dans la même partie de
l’édifice. Cet ensemble sculpté est l’un
des plus importants du département de la Nièvre. Pourquoi Saint-Révérien ? Au 3ème siècle après
Jésus Christ, Révérianus, missionnaire venu de
Rome, évêque d’Augustodunum (Autun), est envoyé par
le Pape Félix 1er (268 - 274) à la ville gallo-romaine (vicus) tenu par les Boïens, nommée actuellement Compierre (nom d’époque oublié) pour évangéliser la
contrée des Éduens à l’ouest du Morvan, accompagné du prêtre Paul et de 10
missionnaires qui ont suivi la voie romaine d’Autun à Entrains qui traverse
ce vicus. Quelque temps après, on ne sait
si c’est le gouverneur de la Gaule, Décius ou l’empereur de Rome Aurélien
(270 – 275) qui décide d’en finir avec cette religion qui bafouait les dieux
Romains. Les soldats d'Aurélien, en
garnison à Châlons, arrêtèrent Révérianus, Paul et
ses 10 compagnons, les traînèrent devant le bourreau qui les décapita sur la
hauteur ouest du futur village de Saint-Révérien, le 1er juin 274
dont le terrain s’appelle toujours le pré de Saint-Paul.
Statue céphalopode de Saint Révérien du 14ème siècle,
classée Monument Historique. Au 4ème siècle, paix
et liberté rendues aux chrétiens par l'édit de Milan (313), une celle (en
latin cella, maison monastique) est élevée sur les tombeaux des martyres au
lieudit aujourd'hui appelé Saint Révérien à l'emplacement approximatif du
Champ de St Paul vers l'intersection de la route de Brinon sur Beuvron et la
route de Champallement. Une autre tradition, entretenue
à l'Abbaye Notre-Dame de Nevers le fait mourir avec ses compagnons près de la
fontaine qui porte encore son nom et la rue qui y conduit et lorsque furent
construites les tours de l'enceinte, on donna à celle près de cette fontaine
le nom du martyr. Le martyr est invoqué lors de
grandes sécheresses pour qu'il intercède auprès de Dieu pour que tombe la
pluie. À la suite de la destruction de
la ville Gallo-Romaine (Compierre aujourd’hui) vers
le 4ème siècle, les chrétiens se réfugièrent autour des tombeaux
des martyrs, se regroupant autour de la chapelle. Au 9ème siècle à
l’âge d’or de la féodalité, isolé près des ruines de la cité Gallo-Romaine,
le petit monastère célèbre par son Saint Martyr est revendiqué par le Comte
de Nevers. À la demande du Comte Guillaume,
le Roi Charles le Gros par une Charte en l’an de grâce 886 retire du Diocèse
d’Autun, ce petit prieuré de Saint-Révérien, nommé Cella Sancti-Reveriani, pour le remettre au diocèse de Nevers, à
l’église de Saint-Cyr et à l’ordre des Bénédictins. Les moines restaurent le petit
prieuré, défrichent les bois et les terres, agrandissent leur territoire,
construisent un moulin en élevant une digue, en bas de la pente Nord, en bas
de ce que l’on appelle maintenant la Terrée en créant aussi une retenue alimentée
par le ru qui s’écoule de la fontaine de Révérianus
qui n’a jamais tari. Ils construisent un four à pain,
plantent de la vigne, élèvent vaches et volailles, font vivre les premiers
habitants qui constituent un village. La renommée de ce premier
monastère s’agrandit avec leur territoire. Depuis la fin du 10ème
siècle, l’Abbaye de Cluny étend sa puissance en Nivernais. Après Saint-Etienne de Nevers,
la Charité sur Loire, ce prieuré reçoit soutien et donations, vaut bien
l’expansion de Cluny. La grande Abbaye en la personne
de son Abbé Hugues se fait remettre par le Comte de Nevers le prieuré de
Saint-Révérien (Cellam Sancti Reveriani)
en 1055 pour huit siècles. En 1076, ce monastère est
affilié à Cluny avec le titre de prieuré conventuel (le prieuré de la Charité
affilié en 1059, il y a des liens étroits entre les 2 prieurés). Ce prieuré
devient très riche car les prieurs bénéficient des droits de seigneurie. Ce qui était un modeste prieuré,
va subir de nombreuses transformations et l’on dépêche auprès du moine maître
d’ouvrage sur un chantier qui va durer plus de 50 ans, les moines bâtisseurs,
les architectes, les maçons, les sculpteurs, les couvreurs, les tailleurs de
pierres, les verriers, les ferronniers, les ébénistes et les peintres pour orner
les murs, afin d’avoir contre le petit monastère, une église prieurale, digne
des reliques du Saint. Ainsi, il se construit une
église dotée de chapiteaux sur le modèle de la maison mère. Il se construit
un cloître, un logis pour le prieur, des bâtiments de ferme, un pigeonnier
tour, des maisons pour les cerfs car le village s’agrandit des logis pour les
pèlerins qui s’arrêtent sur la route de Saint-Jacques de Compostelle. Le
village se nomme Sanctus-Reverianus ou Sancto Reveriano entre le 12ème
siècle et le14ème siècle.
Dessin succinct réalisé par Mme Pointud Détraz lors
de notre spectacle son et lumière de 2004. À son origine le clocher était
sur la première travée du chœur, la nef et le chœur étaient élevés d'un
second étage avec des baies supérieures. Les collatéraux sont étroits, le
large déambulatoire aux trois absidioles rayonne une douce lumière.
Dans le chœur, derrière l’autel, on trouve 6 colonnes, dont
certaines sont monolithes qui ont été récupérées sur les ruines du temple de
la villa gallo-romaine voisine appelée aujourd’hui Compierre. Au 16ème siècle, les
chapelles absidiales ont été décorées de fresques toujours visibles
aujourd'hui.
Chapelle axiale "Est" Fresque Assomption, 16ème
siècle avec les armoiries de Baudreuil. Au sud était le prieuré dont il reste un corps de logis carré du
15ème siècle remanié vers 1500.
Cadastre de 1837 du prieuré et de l’église. Le Prieur devient Seigneur de
haute et basse justice, les donations affluent dont la plus importante est
celle de la comtesse Mahaut de Bourgogne. Grâce à elle, le prieuré s’étend
sur Chevannes et avec Brèches, les Assarts, Vitry,
les Bordes, Dompierre et Chanteloup, le prieuré possède également Beaumont,
la Pouge, Michaugues, Neuilly, Reugny, leurs bois rejoignent les Seigneuries
voisines. Ils créent d’autres étangs, au
Sud-Est, celui des Perrières, le long de la forêt et sur ses pentes d’autres
vignes. Ils perçoivent la dîme des
récoltes et les revenus des banalités. En 1343, 1360 et 1423, des
brigands pillent le prieuré et l'église et fond des exactions dans le
village. La Renaissance arriva, une autre
époque à partir de laquelle, le prieuré de Saint-Révérien ne put échapper à
la Commande, cette institution désastreuse qui permet au Roi de remettre les
bénéfices des monastères à des Prieurs Commendataires étrangers et souvent
laïcs, qui oublient d'entretenir l’église et les bâtiments du monastère qui
tombent en ruine dû en partie à un incendie qui détruisit les voutes au 15ème
siècle. Ainsi voit-on alors ces Prieurs
Claustraux rentrer en conflit permanent avec eux. Nous connaissons tous ces
Prieurs Commendataires, qui achètent, échangent, transmettent par héritages
les revenus du Prieuré. - Carolus Baudereul (Charles de
Baudreuil), le seul qui a une pierre tombale dans l’église (devant la
chapelle Est).
Pierre tombale de Charles de Baudreuil en 1534, neveu de Guy de
Baudreuil, prieur de Saint Révérien. - Pierre Damas de Crux en 1598, qui se fit remettre le prieuré à un âge si
avancé qu’il mourut au bout d’un an. - Achille Damas de Crux de 1598 à 1652, le neveu et l’héritier de Pierre. - Edouard Vallot de 1652 à 1663,
Neveu d’un médecin de Louis XIV. - Eustache de Cherry, Évêque de
Nevers, qui convoitait la Commande et à la fin de sa vie échangea son siège
d’Évêque avec Edouard Vallot pour obtenir le prieuré de 1666 à 1669. - Michel de Cherry de 1670 à
1698, le neveu et l’héritier d’Eustache, chanoine trésorier du chapitre de
Nevers, le mauvais sujet à la réputation sulfureuse, l’ami des dames et des
mauvais garçons par qui le scandale va arriver. Michel de Chery, cupide et
sans vocation aimait les femmes au point de les faire peindre au-dessus de
son lit dans le logis du prieuré et agacé par les demandes de son prieur
claustral Don Vignault qui depuis 15 ans lui demande des réparations. - Eustache II de Chery de 1698 à
1728, son parent, à qui, il a dû remettre le prieuré et sous la Commande
duquel l’église devint Paroissiale. Sous la Commande d’Eustache II de Chery a
lieu l’incendie de l‘église en 1723, le clocher et la nef s’effondrent. Le
feu, parait-il, se serait propagé de l’église paroissiale en haut du village
à l’église prieurale et qui est celle que nous connaissons, c’est l’église
conventuelle. Le prieur Claustral Don Chapriat
n’est pas d’accord, il conteste le récit des événements, il se lamente devant
l’église dans laquelle il pleut et il neige parce qu’il n’y a plus de toit,
parce que les réparations commandées par Eustache II de Chéry sont réduites à
l’essentiel (restaurations sommaires effectuées de 1725 à 1726), il ne
consolida pas les piliers soutenant le clocher, il n’a pas reconstruit la
chapelle Saint-Nicolas, ni remplacé les cloches fondues par l’incendie. - Laurent de Chery de 1728 à
1781, le neveu et héritier d’Eustache II, qui a dû lui payer une rente
viagère, Laurent de Chéry ne vint jamais à Saint-Révérien, il dût abandonner
la Commande car la réforme exigeait qu’il soit Évêque, ce qu’il n’était pas. - Mouchet de Villedieu, de 1781
à 1789, le dernier Prieur, Doyen du Chapitre de Nevers, Évêque de Digne, fut
le seul à entreprendre des réparations. Il ne reste plus que deux
moines, Dom Admirat et Dom Périnet, l’église est
devenue paroissiale et est gérée par un prieur et un sacristain faisant
office de chantre. Et c’est ainsi que le dernier
prieur commandataire Mouchet de Villedieu fait
construire une grange près du logis, il a le temps de passer commande auprès
d’un couvreur pour l’entretien des couvertures, prend en charge les deux
derniers religieux, âgés, en leur donnant une rente sur les revenus du prieuré. Mais 8 ans plus tard en 1789,
tout s’arrête ! Après inventaire des biens
ecclésiastiques, l’église paroissiale qui a déjà été remise à la commune, lui
est laissée avec un prêtre assermenté. Les terres, bois et
exploitations sont vendus. Le logis du prieur est acquis par le Maire,
monsieur Cornu qui allume un feu de joie au pied de l’arbre de la liberté en
brûlant les dossiers du prieuré. L’église devint Temple de la
Raison. De ce Prieuré, il nous reste : - L’Église Prieurale dont les
habitants sont fiers. - La Fontaine sacrée de Révérianus. - Le logis du prieur. - Les caves sous la mairie, les
contours uniquement. - La grange des Dimes. - Le colombier tour. - Le four à pain. - l’Auberge de la Madeleine. - La chantrie. - Diverses maisons du 18ème
siècle.
Tour de l’escalier de l’ancien logis du prieur tel qu’il était
au début du 20ème siècle.
Logis du prieur tel que nous le connaissons aujourd’hui, c’est
une propriété privée. A la Révolution française, en
l'an II (1793), Saint Révérien est rebaptisé Brutus-le-Bourg puis prend le
nom de Saint Révézin vers 1801 et enfin retrouve
son nom d'origine Saint Révérien vers 1826. Vers 1830, le clocher et la nef
s’effondrent à nouveau, faute d’une restauration sérieuse entre 1725 et 1726. L’église fut largement restaurée
à partir de 1833 par l’architecte départemental M. Paillard et le clocher
porche est reconstruit en 1838. En 1840, la nef fut reconstruite. Le chœur
avec son abside et les anges au-dessus de la porte d’entrée furent classés
Monument Historique sur la recommandation de Prosper Mérimée, la même année. La sacristie actuelle a été
construite en 1864 où l’on trouve un grand nombre de décors représentant 10
scènes de la vie du Christ peint par Émile Paley (1843-1919). Il a aussi restauré légèrement
certaines peintures du 16ème siècle se trouvant dans les chapelles
en 1887 et peint plusieurs œuvres à la fin du 19ème siècle (voir
plus bas).
Peintures dans la sacristie "Nord", représentant
diverses scènes de la vie du Christ, réalisée par Émile Paley.
Peinture dans la sacristie "Sud", représentant la Cène
du Christ, réalisée par Émile Paley. Les 6 premières travées et les
collatéraux correspondants sont donc modernes, dans cette nef, les chapiteaux
sont sculptés en 1878.
Chapiteau de la nef sculpté en 1878. Emile Paley (1843-1919), peintre
qui est né et a vécu à St Révérien, a réalisé quatre peintures murales qui se
trouvent dans la première travée de la nef près des fonts baptismaux et du
confessionnal (signé du menuisier de Donzy, Léon Ragueneau). Elles représentent : la Foi, la
Création, le Baptême du Christ, le Jugement dernier. C’est lui aussi qui a peint le
tableau, accroché au-dessus de l’entrée dans la première travée qui a pour
thème La Résurrection du Christ. Il avait l’intention de continuer ses
peintures murales sur les bas-côtés avec des thèmes de doctrine et d’histoire
religieuses.
Peinture "Ouest", Baptême du Christ, réalisée en 1898
par Émile Paley.
Peinture "Nord", La Création, réalisée en 1898 par
Émile Paley.
Peinture "Sud", Le Jugement dernier, réalisée en 1898
par Émile Paley.
Peinture "Ouest", La
Foi, réalisée en 1898 par Émile Paley.
Peinture sur toile, Résurrection du Christ en 1898 par Émile
Paley. L’église telle que nous la
connaissons aujourd’hui fut achevée en 1898. Quelques restaurations ont eu
lieu au 20ème siècle mais rien qui n’a changé l’aspect du
bâtiment. Seules de nouvelles cloches ont
équipé le clocher entre 1900 et 1912.
N°1, 970Kg, Marie Ernestine, 1912, Ré #.
N°2, 340 Kg, Julia Marie, 1900, La.
N°3, 250 Kg, Henriette Emma Victurienne Camille Augustine, 1900,
Si.
N°4, 110 Kg, Maria, 1609, Do #, cloche récupérée à la chapelle
des Assarts.
Disposition des 4 cloches dans le clocher.
Église, vue côté Nord, côté cimetière.
Église, vue côté Ouest.
Église, vue côté Sud, coté mairie et école.
Église vue coté Est, coté champ de foire avec vu sur l’ancien
prieuré. L’art roman et ses fondements : Il est difficile voire
impossible de s’imaginer comment vivaient, pensaient et communiquaient les
gens du 12ème siècle. Ils n’avaient rien de comparable aux acquis
de notre époque. La très grande majorité n’allait pas à l’école, ne pouvait
ni lire, ni écrire. Ils n’avaient ni journaux ni magazines ni moyens de
communication. Ils n’étaient pas submergés par des images comme nous.
L’église était de loin le seul bâtiment où les moyenâgeux étaient en contact
avec des images sous forme de tableaux, fresques, décorations ou sculptures. En revanche, ils étaient
parfaitement familiers avec la terre et le ciel. Ils possédaient beaucoup de
compétences et de connaissances sur la nature et respectaient beaucoup tout
ce qui était entouré de mystère. La main de Dieu était partout. L’exemple suivant
illustre bien mes propos. Dans le temps, le métier de
sourcier était une profession très respectée et très en vue. Les indications
et les conseils du sourcier étaient bien écoutés et pour beaucoup de gens
d’une importance capitale et incontournable pour leur existence ou leur avenir.
C’est aussi le cas pour l’église de Saint-Révérien dont l’emplacement a
sûrement été indiqué par un sourcier. Quels éléments les établissements religieux du onzième et
douzième siècle ont-ils en commun ? Pratiquement toutes les églises
construites à cette époque sont orientées Est-Ouest. Pourquoi ? L’idée
derrière cette orientation est que le soleil se lève à l’est et Jésus est le
symbole de la lumière. Il dit notamment : "Je suis la lumière du monde,
qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres". Donc lorsqu’on se trouve
au fond de l’église dont l’entrée est souvent à l’ouest, le fidèle reçoit la
lumière, symbole du Christ, en face de lui. À Saint-Révérien par exemple en
entrant on se trouve d’abord dans les ténèbres pour être attiré après vers la
lumière, tellement la différence est parfois grande. C’est aussi une manière
de mettre le moine ou le fidèle en état de recueillement parce que ce
contraste entre lumière et obscurité augmenté par le volume de l’église auquel
les moyenâgeux n’étaient pas du tout habitués, impressionne (encore) souvent
le visiteur. Dans une église romane tout est
symbole. Un contemporain de l’époque le décrit comme suit : "Une église
se compose de quatre murs c’est-à-dire elle est construite sur la doctrine
des évangélistes. L’église a une largeur, longueur, hauteur. La hauteur
symbolise le courage, la longueur la détermination pour aller jusqu’au
domicile céleste, la largeur est la pratique de l’amour du prochain (…). Les
fondations du temple de Dieu sont la foi qui est familière avec des choses
invisibles, la porte est l’obéissance aux commandements, le sol est
l’humilité ". Il faut bien retenir que les gens du Moyen-Âge étaient
habitués aux symboles, une disposition que nous avons dans une moindre
mesure. Le but de ceux qui ont conçu les
églises romanes était de construire un édifice terrestre dont le lieu,
l’orientation et les proportions seraient en parfaite harmonie avec le monde
céleste. Tout est fait pour arriver à en faire un lieu de communication et de
communion entre l’homme et Dieu. Le carré est la figure de base de chaque
église romane. Il fait référence aux quatre évangiles, aux quatre fleuves du
Paradis, aux quatre murailles de la Jérusalem céleste. Le carré symbolise la
terre, le monde des humains. Vient ensuite le cercle qui représente le ciel.
C’est pourquoi un autel dans les églises romanes se trouve toujours au milieu
d’un cercle réel ou imaginaire. À Saint-Révérien l’autel est entouré de
quelques piliers qui forment un demi-cercle. Chaque chapelle rayonnante est
un demi-cercle qui exprime que le lieu est sacré. Le triangle équilatéral a
trois côtés égaux et possède à cause de cela une charge symbolique forte. Il
est mis en rapport avec la Trinité.
Ouest Est Plan de l'église du 2 mai 1869. À Saint-Révérien, on imagine un
triangle équilatéral ayant sa pointe au milieu de l’autel central et ses
extrémités au milieu des colonnes du chœur (voir plan de l’église). Cette
recherche constante d’harmonie n’a pas seulement pour but de vouloir le plus
possible plaire à Dieu mais aussi d’optimaliser le plus possible le
recueillement du priant. La façon de penser des gens
était basée sur le dualisme. C’est un système religieux et philosophique qui
admet deux principes, comme la matière et l’esprit, le corps et l’âme, le
principe du bien et le principe du mal que l’on suppose en lutte perpétuelle
l’un avec l’autre. Au début de ce chapitre nous avons vu le contraste entre
lumière et obscurité. Une autre opposition dans les églises romanes est celle
entre nord et sud. À Saint-Révérien, après être entré on trouve à gauche le
côté nord et à droite le côté sud. Au Moyen-Âge le côté nord était considéré
comme le côté symbolisant l’obscurité de l’existence humaine et l’absence ou
la négation de la foi. En revanche le côté sud reçoit le plein soleil et par
ce fait souligne toute la richesse de la foi et de la spiritualité. C’est
pourquoi par exemple les fonds baptismaux se trouvent toujours côté gauche
dans les églises romanes puisque les catéchumènes (ceux qui se préparent au
baptême) n’avaient pas encore reçu la lumière de Dieu. C’est également le cas
à Saint-Révérien. Nous verrons au chapitre suivant que les chapiteaux du côté
nord ont une signification tout à fait différente par rapport à ceux placés
côté sud. J’ai dit antérieurement que
l’endroit où a été construite l’église de Saint-Révérien est bien spécial et
très particulier. Cela vient du fait que le sourcier qui a indiqué l’endroit
sentait qu’il y avait un cours d’eau souterrain qui traversait l’endroit
(l’église est bien humide !). En même temps il a constaté que des ondes
cosmiques et telluriques s’y croisaient. Ce qui différencie notre église des
autres, c’est l’eau qui coule en dessous. Dans la foi catholique, l’eau est
un symbole majeur. Elle représente essentiellement la purification non
seulement littéralement (se laver) mais aussi au sens figuré (se laver des
péchés). Cette idée de purification et de régénération a été certainement
fortement ressentie par les moines et les pèlerins lorsque l’église était
prieurale et par les fidèles lorsqu’elle était devenue paroissiale. Un autre aspect n’est pas
négligeable. Notre église a trois (symbole de la Sainte Trinité) chapelles
rayonnantes ce qui n’est pas commun. Dans l’esprit moyenâgeux et dans la
tradition catholique de l’époque un filet d’eau doit nécessairement couler
sous chaque autel ce qui explique l’absence de chapelles dans d‘autres
établissements religieux romans. Puisque c’est le cas pour notre église, il a
été possible de la doter non seulement de chapelles mais aussi d’un
déambulatoire. Et cela était important pour une autre raison. Notre sourcier
avait détecté à part l’eau également des ondes telluriques et cosmiques. Tous
les gens du Moyen-Âge vivaient près de la terre et de la nature. Tous avaient développé une
sensibilité plus ou moins grande pour capter ces ondes. Le sourcier a orienté
les bas-côtés et le déambulatoire de l’église de telle façon que le moine en
allant du nord au sud capte le plus d’ondes possibles pour que sa régénération
soit la plus complète possible et son énergie suffisamment renouvelée pour
être en état de se rapprocher un peu plus de Dieu. Le chemin qu’il parcourait
plusieurs fois par jour allait donc de l’obscurité de la vie vers la
luminosité de Dieu et de la vie éternelle. Le chemin l’amenait aussi à
recevoir le message de Dieu et à lui donner la force de l’intégrer. Tout
autour de lui contribuait à pouvoir y parvenir. Il est logique alors qu’à la
fin du chemin il ne faut pas retourner à la porte par où on est entré. On retournerait
à l’obscurité. C’est pourquoi toutes les
églises romanes ayant un déambulatoire ont une porte de sortie autre que la
porte d’entrée.
À Saint-Révérien elle est encore visible mais murée dans le mur
sud. Elle donnait accès aux bâtiments conventuels du monastère. Les chapiteaux et leur interprétation : Caractéristiques générales Puisque beaucoup de gens étaient
illettrés les moines et religieux ont entre autres inventé une décoration en
haut des piliers des églises qui avait pour but d’enseigner aux moyenâgeux la
doctrine catholique. On appelle ces décorations chapiteaux. Un exemple
saisissant est la basilique de Vézelay qui compte plus de cent chapiteaux
racontant des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament ou représentant des
situations à vocation morale et spirituelle. L’unique objectif des moines et
des prêtres de l’époque romane est la conversion spirituelle. Tout pour eux
était voué à Dieu et leur tâche consistait en plus de la prière à diriger et
enseigner les hommes afin qu’ils obtiennent la vie éternelle. L’église de Saint-Révérien est
une église prieurale, donc destinée en priorité aux moines et les chapiteaux
sont là d’un autre ordre. Leur but n’est pas d’inculquer la connaissance et
la morale chrétiennes aux fidèles ou de convertir les infidèles, leur but est
différent. Cette église prieurale de
Saint-Révérien est construite en pleine période de la réforme grégorienne qui
s’étend sur plus d’un siècle. C’est le temps où la papauté voulait regagner
coûte que coûte le respect et la confiance du peuple et du pouvoir pour le
clergé et la vie monastique parce que les mœurs et la conduite de nombre de
prêtres et de moines s’était beaucoup relâchée. Le message sur les chapiteaux
rappelle aux moines à tout moment de leur marche dans l’église qu’ils doivent
une stricte obédience à la règle de Saint-Benoît qui régit tous les
monastères de l’Occident : Se convertir, rester loin des tentatives du monde
humain où le diable est toujours aux aguets pour les dissuader de leurs
bonnes intentions. Le mot convertir mérite une
explication. Il n’a pas le sens de devenir chrétien après avoir été païen.
Convertir veut dire ici essayer de devenir un meilleur chrétien voire tenter
d’arriver à un haut niveau de spiritualité, même de sainteté donc chercher à
se rapprocher le plus possible du bon Dieu au point de mériter la vie
éternelle. Tel est le message véhiculé par les chapiteaux de l’église de
Saint-Révérien. Évidemment il faut pas mal d’efforts aux moines pour rester
sur le bon chemin, afin qu’éclose toute leur humanité dans l’exemple de la
vie de Jésus. Cette lutte intérieure,
ce combat spirituel se voient maintes fois représentés dans les chapiteaux. Quelles sont les
caractéristiques des chapiteaux ? En général les chapiteaux des
églises romanes sont peints. Cela a été aussi le cas à Saint-Révérien. Sur
plusieurs piliers on voit encore vaguement des traces de polychromie ainsi
que sur les faces de quelques chapiteaux. Nous ignorons totalement quel a été
l’effet de toutes ces couleurs sur la compréhension de leur message. Ce qui
est sûr, c’est que l’absence de couleurs est bien regrettable parce qu’elle
rend plus difficile la lisibilité de la sculpture.
Un exemple probant est le chapiteau sur la quatrième colonne à
partir de la gauche. Il faut un certain temps pour déchiffrer ce qu’on voit ;
un serpent qui se mord la queue dotée de pattes et d’ailes. Avec les couleurs
on aurait compris plus vite de quoi il s’agit. Une autre caractéristique des
chapiteaux est que tous ont impérativement un sens religieux. Parfois ce
n’est pas évident. Le premier chapiteau se trouvant
contre le mur extérieur nord est un bel exemple. On distingue, difficilement
il est vrai, deux personnes ayant un bâton dans la main et une porte derrière
laquelle on aperçoit une barrique de vin. La signification n’a rien à faire à
un état d’ébriété mais réfère à l’eucharistie. Il est important de toujours
tenir compte de la religiosité exprimée dans chaque chapiteau. Au début de ce siècle, on a
commencé à photographier et à cataloguer tous les chapiteaux des églises
romanes en France. Alors on a découvert que les moines utilisaient un langage
codé pour concrétiser certaines notions abstraites. Toutes les feuilles, fleurs,
branches, arbres que nous voyons dans l’église de Saint-Révérien ont un sens
positif. Ils réfèrent aux vertus du jardin, aux parfums qu’ils dégagent, aux
fruits qu’ils peuvent produire, aux fleurs qui peuvent s’éclore. Ils renforcent l’idée de vertus
spirituelles (la justice, la foi, la charité p.e.)
et transportent l’âme vers d’autres sphères. Tous les animaux ailés ont la
même signification dans les églises romanes comme celui cité plus haut. L’aile est un symbole exprimant
la volonté de s’affranchir du péché, de sa condition terrestre, de vouloir
quitter le temporel pour accéder au divin. Les imagiers romans ont doté
d’ailes les âmes qui s’élèvent dans le domaine spirituel. Il en découle que
dans l’art roman, tout ce qui porte des ailes est spirituel, positif, même
les pires monstres comme ici le serpent normalement un symbole du diable. Un
monstre avec des ailes décrit en réalité une âme empêtrée dans le péché mais
qui produit des efforts pour sortir de sa monstruosité et avancer sur le
chemin de la spiritualité. C’est un appel à continuer sa conversion. Ce qui est écrit plus haut nous
conduit à la question de la lecture des chapiteaux. Il faut les décrire à
plusieurs niveaux : - Le niveau littéral :
Description de ce que l’on voit. - Le niveau subjectif : Quelle
est l’intention du sculpteur et pourquoi suis-je concerné ? - Le niveau anagogique : En quoi
cela peut-il augmenter ma spiritualité ? À quoi dois-je aspirer en regardant
le chapiteau ? Un exemple parmi d’autres est le
chapiteau du dernier jugement, sixième colonne à partir de la gauche. On voit
sur une face deux anges qui sonnent la fin du monde avec en-dessous les
humains sortant de leur tombe, sur une autre face la pesée des âmes suivie de
deux sculptures imaginant l’enfer et le ciel. Le premier niveau décrit donc
la résurrection de tout le monde à la fin des temps. Ensuite le croyant doit
se demander s’il est bien préparé à cet événement. En dernier lieu, il doit
se rendre compte de tout ce qu’il a à faire pour arriver au ciel, ne
serait-ce que pour éviter les horreurs de l’enfer.
6ème chapiteau, vue cotée Est. Une promenade à travers l’église Après la description des
généralités de l’art roman il est utile d’essayer de capter l’impression
totale que les artisans voulaient laisser auprès des moines, pèlerins, ou
passants.
La surprise commence dès
l’entrée. Deux anges portant des vêtements byzantins et tenant probablement
une coupe montrant l’Agneau, symbole du Christ. La voussure est décorée de
feuilles de vignes et de grappes de raisin. Le tout indique qu’on entre dans
un endroit sacré, un sanctuaire qui mérite une certaine attitude. Une fois entré, le moine est
frappé et attiré par la lumière du chœur mais aussi par l’harmonie des
dimensions. C’est que la nef fait ¾ de la longueur et un bas-côté ¼ de la
largeur. (Voir le plan). En s’avançant dans l’allée
centrale, il remarque tout de suite à droite un chapiteau où deux oiseaux
boivent au calice. Ils représentent les âmes saintes qui viennent puiser des
forces spirituelles dans la communion. Un regard circulaire de la nef lui donne
l’impression d’être dans un jardin. Ce sentiment renforce le recueillement du
début. Au milieu de l’allée se trouve un chapiteau d’un fauve crachant des
feuillages. C’est une image positive qui symbolise les bonnes paroles qui
sortent de sa bouche soulignée par les perles sur une partie de la végétation
indiquant par là qu’il s’agit de la Sainte Écriture. Arrivé au chœur il va à gauche,
le côté nord de l’église, celui qui évoque l’obscurité, l’absence ou le peu
de croyance. Quatre chapiteaux soulignent cet
aspect : - D’abord les rinceaux
(arabesques végétales) sur le premier pilier. Ils représentent les paroles
stériles et le verbiage inutile ; le grand espace entre eux le peu de
réceptivité au langage du Christ. - De l’autre côté du pilier nous
voyons des bergers à qui le Seigneur montre l’étoile. Mais ils ont l’air de
regarder ailleurs et ne semblent pas se soucier de la bonne nouvelle. Les
paroles ne sont pas fructueuses. - A la même hauteur sur le mur
extérieur, deux personnes trouvent porte close. Une barrique de vin est pour
eux hors d’atteinte. La bonne parole est encore loin. Ils semblent fâchés ce
qui est bon signe pour s’améliorer dans l’avenir. - Plus loin sur le mur extérieur
nous distinguons un chapiteau où il n’y a que des feuilles et cela sur deux
niveaux seulement. La végétation ne porte en plus aucun fruit. Les feuilles
sont la première parure des arbres. Elles annoncent les fleurs puis les
fruits (les vertus). Mais il ne faut pas que cette espérance en reste là. Les chapiteaux suivants montrent
la plus ou moins lente transformation de l’homme. Ils témoignent de son
combat spirituel et intérieur. Ses tentations et ses passions sont
symbolisées par des créatures malfaisantes. Il commence à se rendre compte
qu’il doit s’enrichir spirituellement pour gagner le ciel, la vie éternelle. - Quelques oiseaux se
nourrissent aux boutons de fleurs apparus aux feuillages qui sortent de la
bouche d’un prédicateur. Les bonnes paroles commencent à être écoutées ce qui
veut dire que la spiritualité est en bonne voie.
- Le pilier ayant de la
végétation sur ses quatre faces a pour la première fois trois niveaux de
feuillages. Cela veut dire que la plante commence à s’épanouir parce que les
trois niveaux réfèrent au corps, à l’âme et à l’esprit. L’homme a pris
conscience de son état ; il y a un début de spiritualité. La corde tissée
autour du pilier montre qu’il commence à contrôler ses pulsions animales, à
brider ses instincts. - Le pilier suivant incite à la
conversion sous différentes formes : une image puissante est celle où le lion
(symbole de Dieu) attaque le griffon, archétype du monstre (symbole du
diable). - L’homme pécheur perd sa
grandeur d’homme et revêt par-là l’animalité. Dans un premier temps il prend
un visage humain. Nous voyons un serpent parler à cet être hybride. Il lui
dit des paroles douces et tirées de l’Écriture. Cela se voit aux feuilles qui
sortent de sa bouche. Mais attention, ce serpent a deux têtes ce qui veut
dire l’homme animal risque de succomber à d’autres moments aux tentations et
passions. - Nous avons déjà parlé de la
signification du serpent ailé. On peut ajouter que mordre la queue veut dire
qu’il aspire à un retournement, revenir de l’animalité à l’humanité. - Deux monstres veulent croquer
un enfant qui symbolise l’âme. Voilà ce qui arrivera aux personnes qui ne
suivent pas les directives de la Bible. Le monde animal les engloutira. Le pilier suivant accentue la
progression de l’acquisition de la spiritualité. Les rinceaux sont moins
espacés. Ici et là un fruit est perceptible mais le plus beau est
l’apparition de fleurs et de perles, signe de la croissance de la
spiritualité et l’agrandissement de la conscience.
La colonne suivante représente
le jugement dernier et s’étend sur quatre faces. Deux anges sonnent la fin
des temps, les morts quittent leur tombe. Ensuite nous voyons la pesée des
âmes où un diable et un ange se disputent les ressuscités. On reconnaît un
diable à ses cheveux qui semblent en feu ! Après le verdict les âmes
disparaissent soit dans la gueule du diable marqué par INFERNUS, soit elles
vont au ciel marqué par PARADISUS. Le purgatoire est une notion ultérieure et
servait à adoucir le choix rigoureux entre bons et mauvais dans la
perspective de l’éternité. Depuis le chœur le moine voit uniquement la
balance qui pèse les âmes. En circulant dans le déambulatoire on aperçoit
d’abord l’enfer (le diable qui engloutit tout) puis le ciel symbolisé par la
Jérusalem céleste surmontée d’une croix. Entre ces deux univers contrastés
est-il vraiment difficile de faire un choix judicieux ? (Voir 6ème
chapiteau). Nous parvenons aux piliers du
sud qui expriment la joie, l’exaltation, la félicité de quelqu’un qui a
laissé derrière lui les épreuves et la lutte intérieure et a atteint le plein
épanouissement. - La série commence par un
treillis carolingien qui exprime la perfection. L’harmonie entre les
différentes couches de la sculpture est étonnante, On ne voit ni le début ni
la fin des rubans qui se trouvent partout sur la colonne en parfait
équilibre. Cette perfection est le symbole de l’éternité ; la conversion
spirituelle est un succès total.
- Ensuite nous voyons trois
personnes couronnées jouant de la lyre. Une personne couronnée dans l’art
roman veut impérativement dire que la personne en question a repoussé ou
vaincu définitivement ses mauvais penchants et ses passions. Elle a mérité la
couronne des élus. Elle a orienté vers Dieu ses pensées profondes, elle s’est
recentrée sur la perfection. Être couronné veut toujours dire qu’on est dans
la promesse du ciel. La lyre et le calice indiquent que c’est par la prière
et l’eucharistie qu’on arrive à obtenir la couronne. - Sur l’autre face de ce pilier
nous rencontrons l’homme nouveau. L’homme-pécheur, le vieil homme, est un
animal à visage humain, comme on a vu. L’homme nouveau s’est débarrassé de
son animalité, a accompli une démarche de conversion et a intensifié sa spiritualité.
Il a fait une renaissance et n’a donc pas de barbe. Maintenant il est entouré
par une végétation luxuriante, il habite la grande et belle maison de Dieu
mais Il doit être vigilant pour garder son degré de sainteté puisque les
monstres, un griffon et un fauve, l’attendent dehors.
Et voilà que les derniers
chapiteaux reprennent en chœur les avertissements contre le monde matériel
tellement séduisant. Ils remettent en mémoire après l’euphorie la lutte
intérieure quasi permanente. Une image très claire dans ce domaine est celle
de l’histoire de Jacob puisque tous les ingrédients d’un terrible drame sont
là. Il s’agit de trahison familiale, de tromperie, d’abus de confiance. De
quoi s’agit-il au juste ? Nous voyons Isaac au milieu, le pater familias
aveugle. Il vient de bénir Jacob mais aurait dû bénir Esau, l’aîné. À gauche
Rebecca, la femme d’Isaac, a utilisé un subterfuge pour que le père bénisse
le plus jeune fils. À l’instigation de sa mère, Jacob s’est vêtu de la veste
rugueuse d’Esau pendant l’absence de son frère à la chasse, puis s’est
présenté devant son père pour demander la bénédiction. Isaac, touchant la
veste croit que c’est Esau et donne la bénédiction. Par ce geste il a
transmis à Jacob tous les droits d’aîné qui normalement auraient dû échoir à
Esau.
Sur le chapiteau on le voit
rentrer avec un gibier sur l’épaule mais il est trop tard ; l’acte est fait
et irréversible. C’est qu’au Moyen-Âge le droit d’aînesse est d’une
importance capitale et influence l’histoire de beaucoup de familles. Pourtant sur les autres faces du
chapiteau nous voyons Jacob dormant et recevant en rêve la vision d’une
échelle (où des anges montent et descendent). Il constate que les liens avec
le ciel ne sont pas rompus malgré ses méfaits. Sa conscience commence à lui
jouer des tours, il entre alors dans une lutte intérieure féroce et terrible
avec un ange d’où il sort vainqueur. Sur la quatrième face, serait-ce lui
assis sur un cheval en route vers son père pour demander pardon ou en route
vers Dieu pour le servir le reste de sa vie ? Avant que le moine quitte le
déambulatoire il reçoit encore quelques avertissements qui doivent aiguiser
sa vigilance. Le meilleur exemple est le dragon à sept têtes symbolisant le
mal qui est partout et sous toutes sortes de formes.
Les derniers chapiteaux
exhortent le moine à continuer à suivre le Christ. Les oiseaux sont les
moyens les plus utilisés pour traduire la parole de Dieu. Le couple d’oiseaux
qui picore représente l’acceptation et l’adhésion à l’essence de la doctrine. Le moine quitte l’église par la
porte latérale située dans le mur avant la sacristie. Les chapiteaux de la
nef, du chœur et du déambulatoire lui ont enseigné une belle leçon de vie et
de morale. S’y ajoutent les ondes telluriques et cosmiques qui lui procurent
l’énergie de ne pas baisser les bras. S’y joint aussi l’eau purificatrice
coulant sous ses pas qui lui donne la force régénératrice pour remplir sa
mission jusqu’au bout. Fresques
Chapelles Est et Sud : L’église de Saint-Révérien est
un joyau de l’architecture romane. Mais elle possède aussi un ensemble
remarquable de peintures du 16ème siècle qui mériterait une étude
approfondie. Le décor de la chapelle Est contient
une représentation de la Vierge aux attributs.
Une exposition au Musée national
du Moyen Âge met en avant en ce moment cette représentation de la Vierge aux
attributs à travers une plaquette en ivoire et une gravure sur cuivre, et
l’artiste parisien qui en serait à l’origine, Jean d’Ypres. Il est fort
possible qu’à la fin des années 1520, le prieur de Saint-Révérien Guy de
Baudreuil (riche et influent ecclésiastique au service d’une tante du roi
Charles VIII), ait demandé que cette représentation de la Vierge aux
attributs soit peinte à ses frais. Une enquête est en cours sur ce
grand collectionneur d’art et mécène. Des églises de Picardie,
d’Ile-de-France, de l’Allier, le Metropolitan
Museum de New York, la Bodleian Library d’Oxford,
la Bibliothèque Nationale des Pays-Bas à La Haye, la
Bibliothèque Nationale de France ont des œuvres
d’art, des manuscrits, des éléments architecturaux, que lui ou certains de
ses proches ont commandé. On peut toujours voir dans le
fond de l’église de Saint-Révérien, en face de la fresque de la Vierge aux
attributs, deux fragments de la tombe de Charles de Baudreuil (mort en 1534),
un moine qui gérait peut-être le prieuré pour son oncle, Guy de Baudreuil. Karolus
Baudreuil Tombe de Charles de Baudreuil, dalle incomplète. Des documents découverts
récemment montrent que Guy de Baudreuil avait fondé une chapelle en l’honneur
de Saint Claude dans l’église de Saint-Révérien.
Chapelle Sud (montage), de gauche à droite : Personne semblant
porter une palme de martyr, Saint Jacques Le Majeur (Compostelle), Le Bon
pasteur et son agneau dans ses bras ou Saint Jean-Baptiste présentant
l’agneau et Sainte Geneviève apaisée aux traits fins est représentée avec un
livre ouvert et un cierge allumé qu'un démon (non visible) tente d'éteindre,
mais rallumé par un ange (visible). Peintures du 14 ou 15ème
siècle, classées MH. Toute information sur cette
chapelle Saint Claude pourrait faire avancer la recherche ! Si une grange, une maison de
Saint-Révérien ou des alentours possède une représentation peinte ou sculptée
du blason Baudreuil (des cœurs surmontés de
couronnes), n’hésitez pas à nous le faire savoir !
Blason de la famille Baudreuil. Et maintenant le village : Au 19ème siècle Saint
Révérien est florissant (élevage de bovins, carrières de grès, flottage du
bois) mais son activité dépérit au 20ème siècle dû en grande
partie à l'exode rural mais l'élevage de bovins et d'ovins reste la
principale activité de la commune.
Carte postale montrant la Foire de Saint Révérien au début du 20ème
siècle, cachet du 5 octobre 1908. Le flottage du bois Saint-Révérien a, modestement,
participé à la grande aventure du flottage de bois sur les petites rivières. -
Les
Origines : Dès le XIVᵉ siècle (et
peut-être avant), il existait à Paris des mouleurs et jurés assermentés
chargés de mesurer à l’anneau les bûches "bonnes marchandes, loyales et
à la mesure". Ils étaient rémunérés au
quarteron (25 bûches) et s’occupaient également des bourrées, cotterets, falourdes, gloês,
lattes et essanes. Ces bateaux transportaient les
marchandises en amont et en aval de Paris. Leur conduite nécessitait des
mariniers, des voituriers, des chableurs (passeurs
de ponts), et ils étaient tirés par des chevaux. Les enfants pouvaient
devenir apprentis dès l’âge de 7 ans ! Déjà à cette époque, on exigeait
que les chemins de halage, les pertuis et les arches de pont aient au moins
24 pieds de large (7,80 m). Le bateau montant devait rester
le long de la rive, tandis que l’avalant subissait le courant.
Carte simplifiée des différents cours d’eau, de l’étang d’Aron
jusqu’au village de Beuvron. -
Une
organisation réglementée : L’approvisionnement de Paris en
bois à brûler mobilisa pendant des siècles de nombreux acteurs :
-
Saint-Révérien
et la Vaucreuse : Le 10 juin 1648, sous le règne
de Louis XIV, le comte François de Damas, seigneur de Crux,
possédant des forêts sur le versant Loire, chargea l’ingénieur Claude Marceau
et le marchand de bois Léonard Goury de réaliser un projet destiné à relier
ces bois au Beuvron. Il fit creuser une tranchée
partant de la Fontaine de Ligny, rejoignant les étangs de Chausselage
et d’Aron, contournant la forêt de Tronçay et
aboutissant au Beuvron, au hameau des Angles, sur une distance de 4,8 km. Ce canal appelé la Vaux (voie)
creuse, (aujourd'hui Vaucreuse) mesurait environ
1,8 m de large et 1 m de profondeur. Mais, à certains endroits, il s’est
agrandi sous l’action de l’eau et le frottement des bûches, jusqu’à former
une tranchée de plus de 20 m de large et profonde de 10 m. Une prouesse technique permit de
franchir l’Aron : un petit aqueduc en bois, suspendue sur 150 m et large de 2
m, reliait le bassin de la Loire à celui de la Seine. Pendant plus de deux siècles, le
flot de l’Aron alimenta les petites rivières (Beuvron et Sauzey).
La Vaucreuse passant sous le pont du
Tacot © Philippe Poiseau -
La Vaucreuse était utilisée de la manière suivante : Quand la Vaucreuse
était à sec, le bois était jeté dedans et lorsque la quantité était
suffisante on provoquait une crue en lâchant l'eau des étangs qui
l'alimentaient. Le bois suivait la Vaucreuse par la
forêt de Troncay jusqu'au hameau des Angles, les
eaux rejoignaient alors le Beuvron (rivière) puis l'Yonne à Clamecy où se
formaient les trains de flottage. -
Le Beuvron
en Trois Rejets : 1.
De l’étang
d’Aron au Gué Ferré (vers Neuilly) 2.
Du Gué
Ferré à Boutrefeuille (vers Taconnay) 3.
De Boutrefeuille à la Fourche (à Beaugy) -
Les Grandes
Ordonnances : 1669–1677 : Ordonnances de
Colbert (Louis XIV) Colbert codifie l’industrie du
flottage après avoir compris son importance lors de sa visite en Nivernais. 1714–1715 : Arrêts Distinction entre marchands
forains et marchands parisiens. 1737 : Création à Clamecy de la
Confrérie des flotteurs de Saint-Nicolas et première description d’un train
de bois :
-
Du déclin à
la disparition :
Au XXIᵉ siècle, seul
persiste en France le flottage du bois dans les marais poitevins, et de façon
industrielle au Canada.
Flottage du bois à Clamecy Sources : Société scientifique
et artistique de Clamecy – Les Traîne-bûches du Morvan D’après les textes de Monsieur
Émile Guillien, en mémoire de ses ancêtres. Internet : https://www.canal-du-nivernais.com/ https://patrimoinedumorvan.org/ https://www.gennievre.net/wiki/index.php?title=Vaucreuse Les carrières de grès Des carrières de Grès ont été
exploitée sur la commune de Saint Révérien à partir de 1850. Elles sont situées sur la route
de Champallement, elles ont connu leurs heures de gloire, en servant à paver
certaines rues de Paris et le parvis de Notre Dame de Paris. La pierre extraite sert aussi
localement au pavage et à la construction. Ce grès, résultat de
l’accumulation de sable quartzeux issu de l’érosion du Morvan, s’est déposé
en bordure d’une mer peu profonde et chaude. Cela s’est passé à la fin du
Trias, il y a 200 millions d’années, début de l’invasion marine du Bassin
parisien. On y trouve les traces des rides d’oscillation comme on en voit
dans le sable des plages actuelles, et il a été cimenté par de la silice. Du premier au quatrième siècle,
on le trouve à Compierre (sculpture, meules à
grains), mais dès la préhistoire, il fut utilisé comme pierre à aiguiser. Peu
employé au Moyen Âge, son exploitation, qui a débuté à partir du 18ème
siècle, s’est accentuée entre 1840 et 1860 pour le pavage, grâce à sa dureté,
et comme pierre réfractaire dans les creusets et fourneaux.
L’industrialisation s’est développée entre 1860 et 1913, avec deux carrières
dans les bois communaux, et une intensification en 1906 avec l’arrivée du
tacot de Saint-Révérien, chemin de fer permettant l’acheminement de la pierre
vers Corbigny. Le travail manuel, très dur,
exigeait plusieurs centaines de personnes. Un concasseur mu par une
locomobile produisait des granulats. Des “exclus” de l’armée et, de 1915 à
1917, quatre-vingts prisonniers de guerre allemands, gardés par quarante
militaires français, y ont travaillé non sans avoir eu quelques soucis avec
les habitants. Les pavés, nommés “grains de
maïs”, ont été expédiés jusqu’à Paris. Leur activité cesse en 1925 et
il ne reste aujourd'hui que le quai d'embarquement du chemin de fer. Un livre a été édité par la Camosine, écrit par
Philippe Donie en 2024, disponible dans les
points de ventes partenaires.
Tailleur de pavés de grès protégé par une ombrière, début du 20ème
siècle.
Carrières de pavés à Saint Révérien, début du 20ème
siècle. Un petit train appelé Tacot est créé entre Nevers et Corbigny,
Saint Révérien aura sa gare dès 1905. La ligne fait 74 Km et il faut
presque 4h pour faire toute la ligne. Ce train à voies métriques sera
arrêté définitivement en 1939, faute de rentabilité. Voir son histoire, ici. La commune comptait 978
habitants en 1866 (record). En 1901, notre commune
comportait 925 habitants dont : -
717
habitants dans le bourg -
59
habitants à Sancenay -
20
habitants à Feuille -
1 habitant
aux Ombreaux -
61
habitants à Brèches -
3 habitants
à Maison Rouge -
64
habitants aux Angles Toujours en 1901, chaque façade
était un commerce ou un artisan, on ne décomptait pas moins de 80
entreprises, artisans, magasins de tous types, 31 agriculteurs, 3 hôtels et
13 cafés.
Hôtel de la Perdrix vers 1930. Mais malheureusement, les
guerres et l’exode rural ont fait chuter la démographie pour atteindre un
minimum de 156 habitants en 2017. Depuis 2021, la démographie du
village remonte pour atteindre les 191 habitants en 2023. Textes écrit pour les journaux municipaux de 2018, 2019, 2022, 2023, 2025 : Jan de Beer, Dominique Maupou, Cyrille Chatellain et Bruno Piffret |
||||
|
Retrouvez d'autres informations
sur Wikipédia
et sur le site de Belles
Eglises. |
||||
|
Patrimoine |
Infos Pratiques |
Actualités de
la commune |
Page d'accueil
|
||
|
|
|
|